Pourquoi utiliser le timelapse dans Paysages Éternels ?

Aujourd’hui les techniques numériques permettent de filmer la nature comme jamais nous ne la verrons. L’évolution est telle que les capteurs photosensibles arrivent à mieux voir que nos yeux et à capter des lumières jusqu’alors ignorées. Désormais nous ne sommes plus bloqués par les capacités de notre corps, on peut changer d’échelle et dans Paysages Éternels, c’est le temps que nous changeons. Voir la nature en timelapse permet d’accélérer les mouvements, de mettre en évidence les palpitations très poétiques de la nature. C’est à la fois une manière de comprendre un peu plus le monde qui nous entoure, là d’où nous venons tous mais aussi une histoire de regard, sortir du cinéma traditionnel et véhiculer de nouvelles émotions. Grâce au timelapse on peut mieux comprendre le fonctionnement des nuages, voir les mouvements du soleil, des ombres sur le sol et admirer les étoiles et l’univers qui nous entoure et se poser la question de qui sommes-nous réellement dans cette infinité ?

Dans cette page nous vous proposons un petit tuto pour comprendre et apprendre les techniques du timelapse.

Qu’est-ce que le timelapse ?

Le timelapse est une technique aussi vieille que la création du cinéma qui consiste à enregistrer des images à une vitesse inférieure à 25 (ou 24) images par secondes puis de les lire à 25 img/s (vitesse de lectPrincipe du Timelapseure standard en France à la télévision). Ainsi il y aura un effet d’accéléré et cela permettra de voir en quelques secondes ce qu’il s’est passé en quelques minutes ou quelques heures. Le calcul est très simple ensuite, il s’agit simplement de faire le produit en croix appris au collège ! Si on enregistre à 1 img/s alors il nous faudra 25 minutes pour faire un film d’1 minute ! (Si on s’amuse à faire le calcul, un film de 26 minutes tourné à 1 image par seconde demandera 650 minutes de tournage soit 10h50… Si on enregistre 1 image toute les 30 secondes (c’est le temps qu’il faut environ pour filmer les étoiles) alors il nous faudra 19500 minutes soit 325 heures soit un peu plus de 13 jours et 13h de tournage continu !)

Voici un exemple de timelapse

Quel matériel utiliser pour faire du timelapse ?

telecommande-intervallometreLe timelapse est à la portée de quasiment tout le monde, il suffit simplement de s’armer de patience et de posséder un intervallomètre qui, comme son nom l’indique va déclencher des photos à intervalle régulier. Il en existe plusieurs, ceux des marques et d’autres beaucoup moins chers mais tout aussi efficaces. Bien entendu avant d’en acheterBENRO kit trépied aluminium Travel Angel Hybride A2682TB1 est un bon trépied un il faudra s’assurer de la compatibilité avec son appareil photo. Le deuxième accessoire indispensable est le trépied qui doit être si possible en aluminium (plus lourd mais plus stable que la fibre de carbone) et il faut s’assurer de sa stabilité avant de commencer le timelapse car le moindre tremblement se verra ! Vous pouvez par ailleurs activer le stabilisateur de l’objectif s’il en dispose un, cela supprimera les plus petits mouvements. Je vous conseille de faire un timelapse par carte mémoire afin d’éviter de perdre trop de données si votre carte arrête soudainement de fonctionner. Achetez des 16Go pour les timelapse les plus courts, des 32Go pour les timelapse les plus longs. Il est aussi important d’acheter de bonnes cartes mémoires, n’essayez pas d’économiser 20€ car si votre carte n’est pas fiable et saute une image, votre timelapse est bien souvent inutilisable ! Ensuite il faut un bon ordinateur disposant d’espace disque suffisant et d’un logiciel pour lire la séquence d’image et pour l’exporter en fichier vidéo. (plus de détail dans la suite)

Quel workflow suivre pour faire un bon timelapse ?

Le workflow, c’est quoi ?

Le workflow est une chaine de travail qui démarre dès la prise de vue jusqu’au fichier final et permet de s’assurer le maintien de la qualité de l’image. Il en existe de nombreux en timelapse et celui que je vais vous présenter n’est pas universel et devra s’adapter à votre condition de travail et devra être testé au préalable (vous ne voudriez pas avoir passé des heures dans le froid pour rien !)

Choisir le bon intervalle entre deux photos

Il faut en premier temps calculer l’intervalle entre deux photos. Si vous voulez filmer les nuages, un intervalle d’1 seconde sera bien, à l’inverse, pour filmer les étoiles il faudra au moins 30 secondes (le temps d’obturation). Il est important de calculer combien d’heures on veut enregistrer et donc quel intervalle on va devoir mettre pour la simple est bonne raison que les cartes mémoires n’ont pas un espace de stockage illimité ! Ainsi avec Canon 7D, on peut enregistrer environ 610 photos raws sur une carte de 16Go donc un peu moins de 25 minutes si on prend une photo toutes les secondes, ce qui peut être insuffisant pour certaines situations.

Réglages de l’appareil photo

La prise de vue s’effectue en mode manuel avec un diaphragme ouvert au maximum si possible (cela évite d’avoir des effets de scintillements sur l’image dû au diaphragme qui ne se ferme pas exactement à l’identique entre deux prises. Une autre méthode pour palier à ce problème est d’utiliser un vieil objectif à diaphragme manuel comme les vieux Nikkor). J’essaie dans la mesure du possible d’avoir les ISO le plus bas possible afin d’avoir une vitesse d’obturation égale à la moitié de l’intervalle entre deux photos (exemple : pour des photos prises toutes les secondes, j’essaie d’avoir un obturateur à 1/2 secondes). Cela évite d’avoir des mouvements saccadés et stroboscopiques lors de l’assemblage. Il faut donc bien souvent utiliser des filtres neutres. Remarque : votre appareil va prendre des photos pendant des minutes voir des heures, la lumière va donc changer ainsi que peut être la météo, essayez donc de prévoir le mieux possible cette évolution pour régler votre exposition le mieux possible. Si vous voyez des nuages arriver, surexposez peut être légèrement (de manière à pouvoir rattraper cette surexposition en post-prod mais testez votre boitier avant de faire ça pour connaître ses limites) pour avoir une exposition exploitable une fois que les nuages seront là ! Bien sûr, avant de commencer, vérifiez que votre carte mémoire soit formaté et que votre batterie soit pleine…

Sauvegarde des photos

Une fois vos photos prises et avant de vous lancer dans un quelconque montage, il faut sauvegarder vos photos. Je vous conseille de faire deux copies sur deux disques dur différents et de bien vérifier qu’il n’y ait pas d’erreur pendant la copie (installez un logiciel de gestion de copie qui vous facilitera la vie comme SuperCopier). Pour le choix du disque dur, à vous de voir ce que vous préférez : ceux à grande capacité seront certainement moins rapide (5400tr/min) mais les plus rapides auront une capacité limitée (les SSD coûtent encore très cher et même si ça peut être intéressant de travailler dessus, ce n’est pas la solution idéale pour stocker). Un 7200tr/min est donc, de mon point de vue, un bon compromis. Si vous le pouvez faites une sauvegarde sur un troisième disque dur et entreposez-le ailleurs, vous éviterez de perdre vos fichier en cas de cambriolage ou d’incendie…

Développement et assemblage

Une fois vos photos prises, il faut maintenant les « coller » les unes aux autres. Mais avant cela il faut développer les raws. C’est là que les avis divergent et que plusieurs solutions s’offrent à vous. La solution que je vais vous montrer n’est pas forcément la meilleure mais une des plus simples tout en gardant une bonne qualité d’image. Pour cela il faut simplement copier toute sa séquence dans un dossier spécifique, ouvrir Adobe After Effects et importer la séquence (Fichier > Importer > Fichier et cliquez sur la première photo, la séquence sera automatiquement importé). A ce stade là, Camera Raw va s’ouvrir vous permettant de développer votre photo, faites-y vos réglages et cliquez sur terminer. Ensuite créez une composition et réglez la largeur à 1920 et la hauteur à 1080 en format pixel carrés à 25img/s. Assurez vous que la durée de la composition est assez grande pour que votre timelapse y rentre puis glissez votre séquence dans la composition. Vous pouvez désormais faire tous vos réglages (ajouter des masques, supprimer les tremblements s’il y en a, ajouter un titre, changer l’échelle de votre image, etc) puis soit compiler votre composition soit ouvrir Adobe Premiere pour importer votre fichier after effects et faire un montage un peu plus précis ! Pour l’export, utilisez soit du .mp4 codé en h264 soit du f4v qui a un très bon rapport qualité/poids. C’est un traitement facile à retenir mais qui nécessite un ordinateur relativement puissant car vous devez gérer les raws qui sont lourds. Une autre technique consiste à développer vos raws sous lightroom puis de les exporter en jpg. Avec after effects vous importerez donc les jpg, ce qui consommera moins de ressources ensuite. Enfin pour les plus expérimentés qui souhaiteraient faire des transitions ou des changements de réglages au cours du timelapse, je vous conseille LRTimelapse.

Normalement avec ces quelques conseils de base, vous devriez déjà faire de bons timelapse. Ce workflow est bien sûr juste informatif et c’est à vous de trouver celui qui vous conviendra le mieux pour votre projet. J’insiste réellement sur le fait qu’il faut tester son workflow avant de partir à l’aventure pendant plusieurs jours !

Intégrer des mouvements dans son timelapse

Ce qui fait très rapidement la différence entre un timelapse amateur et un professionnel est sûrement le mouvement de la caméra. Toutefois, pensez à votre composition et à votre cadre, c’est bien beau un mouvement mais il faut qu’il soit logique, qu’il amène quelque chose à la compréhension de l’image et que le monteur puisse le raccorder !

Zoomer dans l’image

Voilà certainement le mouvement le plus facile à mette en place et le moins coûteux car il ne nécessite pas de matériel spécifique et se fait en post-prod. En général vous allez faire un film en HD donc en 1920 x 1080. Vos photos ont bien souvent une définition très largement supérieure au format HD ! (5184 x 3456 pour du 18Mpixel) Vous pouvez donc jouer sur l’échelle de votre image et sur les images clés dans After Effects. Pensez à lisser vos images clés pour éviter toute transition brute. (Si vous ne savez pas comment faire, Internet regorge de tutoriels gratuits qui vous formeront)

Faire un travelling

Un travelling doit nécessairement se faire au moment du tournage. Il faut utiliser un système de motion control suffisamment lent pour faire 1mètre en plusieurs heures. Pour les plus bricoleurs, vous pouvez le fabriquer de vous même, je vous conseille le tuto de Christophe Milet utilisant un rail igus (je pense qu’il vous en coûtera environ 250€). C’est parfait pour un timelapse de jour mais vous ne pourrez pas utiliser cette méthode pour la nuit car le moteur ne s’arrête pas au moment du déclenchement de la photo. En effet, pour les étoiles il vous faudra un temps d’obturation d’au moins 20 secondes et votre appareil photo devra être complètement immobile. Si votre budget est serré, je vous conseille le PocketSlider qui utilise aussi un rail igus et qui a l’air très simple et pratique ! Enfin si vous voulez du matériel plus professionnel mais plus cher, faites un tour du côté de Dynamic Perception et plus spécifiquement du Stage Zero ou du Stage One.

Faire des mouvements pan et tilt

Tout comme le travelling, le pan et tilt seront fait lors du tournage. Pour cela je vous conseille d’utiliser des têtes astronomiques qui permettent de faire des mouvements très lents et très précis. Je vous conseille pour cela la tête Merlin couplé au MX2 de Dynamic Perception. Il ne faudra pas oublier d’acheter le L-Bracket pour fixer votre appareil photo. A noter qu’il existe aussi l’eMotimo. Tout ceci a un coût et vous pouvez bien entendu essayer de le bricoler vous même grâce à des moteurs et à un peu de réflexion. Enfin, si vous ne voulez pas utiliser le MX2, Chronos Project est un projet de contrôleur open source.

Faire des mouvements a donc un coût parfois important mais avec un beaucoup d’ingéniosité et de tests, vous pouvez vous-même fabriquer des systèmes innovants. Il existe de nombreux forums de discussions mais le principal est celui de TimeScapes avec des discussions en anglais.

Songez aussi que vous pouvez louer du matériel pour dynamiser vos timelapses, voici un rail motorisé 3 axes disponible à la location.

Tout un tas d’autres contraintes s’ajoutent dès que vous voulez faire un timelapse précis. Il  n’y a donc pas de vérité universelle et chaque situation est unique. Les règles de la photographie s’appliquent bien entendu au timelapse, il est donc important de les connaître parfaitement avant de se lancer au timelapse. L’étude (basique) de la météo peut aussi s’avérer utile si vous prévoyez de tourner pendant plusieurs heures afin de prévoir un minimum les effets du temps.

Enfin, n’hésitez pas à regarder un maximum de timelapse pour voir ce qui touche votre sensibilité et ce qui ne vous fait rien. Essayez de deviner comment il a pu faire ça, à quelle heure, à quelle période de l’année. Le timelapse n’est pas une fin en soit, ce n’est qu’un technique, vous devez donc penser votre film et définir le message que vous souhaitez faire passer et voir pourquoi vous aurez besoin du timelapse.

 

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